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  Sujet : Le Grand Jacques.......
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Auteur Message
Sébastien



Inscrit le: 14 Nov 2002
Messages: 2281
Localisation: Abbey Road

MessagePosté le: Mer Oct 24, 2007 9:45 am    Sujet du message: Le Grand Jacques....... Répondre en citant

Bonjour à tous ! Smile

Après Brassens, après Barbara, il était temps de s'intéresser au troisième grand « B » de la chanson francophone, qui est aussi le plus grand belge de tous les temps (Mathilde va me trucider, mais tant pis ! Embarassed Rolling Eyes ). C'est au travers de l'album « Les Marquises », que j'ai choisi d'évoquer Brel, pour les « Coups de Coeurs » de Lucy. Ce topic est donc le votre. Filou, que le Grand Jacques émotionne beaucoup (il nous l'avait dit lui-même, dans un ancien topic consacré aux trois « B »), ne devrait pas y rester insensible, tout comme Krys ! Cool



Août 1977. Jacques Brel revient d’Hiva-Oa à Paris, où il s’installe dans un petit hôtel non loin de l’Etoile, rue Chalgrin. Avec ses amis fidèles, François Rauber, Gérard Jouannest et Marcel Azzola, il travaille à un nouveau disque qu’il a l’intention de publier. Dix-sept chansons écrites aux Marquises, dont douze figureront sur l’album. Brel élimine « Sans Exigences », « Avec Elégance », « Mai 40 », « L’Amour Est Mort » et « La Cathédrale » qu’il jugera « pas au point ».

(…)

Prenez une cathédrale
Et offrez-lui quelques mâts
Un beaupré, de vastes cales
Des haubans et halebas
Prenez une cathédrale
Haute en ciel et large au ventre
Une cathédrale à tendre
De clinfoc et de grand-voiles
Prenez une cathédrale
De Picardie ou de Flandre
Une cathédrale à vendre
Par des prêtres sans étoile
Cette cathédrale en pierre
Qui sera débondieurisée
Traînez-la à travers prés
Jusqu’où vient fleurir la mer
Hissez la voile en riant
Et filez sur l’Angleterre…….

(…)


L’enregistrement a lieu de septembre à octobre 1977. Certaines chansons, comme « Vieillir », n’ont pas encore de musique, tandis que d’autres, comme « Jaurès », « La Ville S’endormait » et « Les Marquises » sont agrémentées d’un accompagnement de guitare. Jacques répète chez Juliette Gréco, avant d’enregistrer au rythme de deux chansons par séance. Cinq titres seront utilisés pour la comédie musicale « Vilebrequin », à savoir « Voir un ami pleurer », « Vieillir », « Les Remparts de Varsovie », « Le Bon Dieu » et « Knokke-le-Zoute Tango ». Ces morceaux superbes valent à eux seuls la découverte de cet album baptisé « Les Marquises ».



La sortie, le 17/11/1977, se déroule mal pour Brel qui fustige la pochette, réalisée par Barclay et due à Alain Marouani : quatre lettres, B.R.E.L, sur fond de ciel bleu nuageux. Il n’a pas non plus apprécié la photo à l’intérieur, un gros plan de lui souriant dans sa barbe. Il aurait préféré un cliché prit par Jean-Michel Deligny, son copain de Papeete. Pour autant, le disque est un succès phénoménal puisque les précommandes dépassent le million d'exemplaires ! En 2003, pour les 25 ans de la disparition de Jacques, une intégrale en édition limitée (« Boîte à Bonbons » ; 30/09/2003) voit le jour, avec les 5 titres laissés de côté. Cette exhibition s’est donc faite avec l’autorisation de la famille Brel, pour le plus grand bonheur des mélomanes, mais contre la volonté de Jacques qui, par écrit, avait interdit à Barclay cette publication. Sans plus attendre, entrons maintenant au cœur de l’œuvre…….



(…)

Ils étaient usés à quinze ans
Ils finissaient en débutants
Les douze mois s’appelaient décembre

(…)


Jacques Brel : « Il n’y a plus de tribun. Il y a la télévision. Si Jaurès avait connu la télévision, il ne serait jamais devenu Jaurès. Il serait resté député. »

« Jaurès » voit le jour alors que Brel se désintéresse de la politique. Tout juste lit-il quelques journaux pour ne pas perdre le contact avec l’Europe qu’il a quittée pour les Marquises. Il rumine le passé. Rendant hommage à Jean Jaurès, icône de toute une génération qui a tant fait progresser les droits sociaux au début du 20e siècle, il évoque la classe ouvrière de jadis :

(…)

On ne peut pas dire qu’ils furent esclaves
De là à dire qu’ils ont vécu
Lorsque l’on part aussi vaincu
C’est dur de sortir de l’enclave
Et pourtant, l’espoir fleurissait
Dans les rêves qui montaient aux yeux
Des quelques ceux qui refusaient
De ramper jusqu’à la vieillesse
Oui not’ bon Maître, oui not’ Monsieur
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

(…)


« La Ville S’endormait » est une chanson empreinte de réalisme, évoquant par moments la santé fragile de Brel, thème qui reviendra plus tard sur l’album. A ce sujet, il n’hésite pourtant pas à ironiser par des répliques comme « Vous n’auriez pas vu un soufflet ? », faisant allusion à son poumon gauche maintenant à demi manquant.

(…)

Et mon cheval qui boit
Et moi qui le regarde
Et ma soif qui prend garde
Qu’elle ne se voie pas
Et la fontaine chante
Et la fatigue plante
Son couteau dans mes reins
Et je fais celui-là
Qui est mon souverain
On m’attend quelque part
Comme on attend le roi
Mais on ne m’attend point
Je sais depuis déjà
Que l’on meurt de hasard
En allongeant le pas

La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom
Sur le fleuve en amont
Un coin de ciel brûlait
La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom

(…)


Jacques Brel : « L’homme est un nomade. Il est fait pour se promener, pour aller voir de l’autre côté de la colline. »

(…)

Et vous êtes passée
Demoiselle inconnue
A deux doigts d’être nue
Sous le lin…….qui dansait…….

(…)




« Vieillir ». Un texte qui a ému tout le monde présent dans le studio, tandis que le Grand Jacques enregistre cette chanson qui fait clairement référence à ses préoccupations, à travers son sens philosophique. L’émotion se lit sur les visages lorsque se font entendre les vers :

(…)

Mourir, mourir de rire
C'est possiblement vrai
D'ailleurs la preuve en est
Qu'ils n'osent plus trop rire

Mourir de faire le pitre
Pour dérider le désert
Mourir face au cancer
Par arrêt de l'arbitre

Mourir sous le manteau
Tellement anonyme
Tellement incognito
Que meurt un synonyme

(…)


Pourtant, Brel est très enthousiaste. Il veut goûter les choses de la vie, il ne veut pas :

Mourir couvert d'honneur
Et ruisselant d'argent
Asphyxié sous les fleurs
Mourir en monument

Mourir au bout d'une blonde
Là où rien ne se passe
Où le temps nous dépasse
Où le lit tombe en tombe

Mourir insignifiant
Au fond d'une tisane
Entre un médicament
Et un fruit qui se fane

Ou terminer sa course
La nuit de ses mille ans
Vieillard tonitruant
Soulevé par quelques femmes
Cloué à la Grande Ourse
Cracher sa dernière dent
En chantant « Amsterdam » !

Mourir cela n'est rien
Mourir la belle affaire
Mais vieillir... ô vieillir !

(…)


David Bowie, admirateur du Grand Jacques, ne restera pas insensible à ces mots, si l’on écoute son « Never Get Old » :

(…)

So I’m never ever gonna get high
And I’m never ever gonna get low
And I’m never ever gonna get old

Better take care
The moon flows on to the edges of the world because of you
Again and again
And I'm awake in an age of light living it because of you
Better take care
I'm looking at the future solid as a rock because of you
Again and again

Wanna be here and I wanna be there
Living just like you, living just like me
Forever
Putting on my gloves and bury my bones in the marshland
Forever
Think about my soul but I don't need a thing just the ring of the bell in the pure clean air

And I'm running down the street of life
And I'm never gonna let you die
I'm never ever gonna get old
I'm never ever gonna get
I'm never ever gonna get
I'm never ever gonna get old
I'm never ever gonna get
I'm never ever gonna get
Never ever gonna get old

(…)


La chanson qui suit est née alors que Brel cherchait une mélodie sur une boîte à rythme qui donne des airs de valse, de musette, de tango, de bossanova. Pensant surtout à l’accordéon, il écrit :

Toi,
Toi, si t'étais l' Bon Dieu
Tu ferais valser les vieux
Aux étoiles
Toi, toi, si t'étais l'Bon Dieu
Tu rallumerais des vagues
Pour les gueux

Toi,
Toi, si t'étais l'Bon Dieu
Tu n'serais pas économe
De ciel bleu
Mais tu n'es pas le Bon Dieu
Toi, tu es beaucoup mieux
Tu es un homme

Tu es un homme
Tu es un homme


On retrouve alors le matérialisme du poète, illustré par une sublime musique en deux parties, emmenées par l’accordéon de Marcel Azzola. Pour « Les F… », Jacques se sert d’une samba de Joe Donato, musicien sud-américain. Malgré son sens du comique, il s’est souvent pris au sérieux. Il offre un plaidoyer pour la culture et la langue françaises en Belgique, ridiculisant ceux qui tiennent à la langue flamande. En témoigne ce pamphlet incendiaire, à l’attaque brutale :

(…)[/i]

Messieurs les Flamingants, j'ai deux mots à vous rire
Il y a trop longtemps que vous me faites frire
À vous souffler dans le cul pour devenir autobus
Vous voilà acrobates, mais vraiment rien de plus
Nazis durant les guerres et catholiques entre elles
Vous oscillez sans cesse du fusil au missel
Vos regards sont lointains, votre humour est exsangue
Bien qu'y aient des rues à Gand qui pissent dans les deux langues
Tu vois quand j'pense à vous, j'aime que rien ne se perde
Messieurs les Flamingants, Je vous emmerde…

(…)

Des étudiants flamands portent plainte. On interpelle le gouvernement à la chambre. Pourquoi Jacques n’a-t-il pas voulu donner son titre complet à cette diatribe sur un rythme de samba ? Le titre aurait dû être « Les Flamingants ». Si on le lui demande, hautain, Brel répond : « On ne dit pas de grossièretés. » Ce débat s'est depuis réglé dans le calme, mais peut-être pas d'une façon qui aurait plu à Brel, qui refusait tout simplement que l'on « impose » l'étude du flamand aux enfants francophones.

« Orly », c’est une rupture magnifiquement écrite. On pense alors à la lettre que Jacques a écrite à « Marianne ». Il a rompu, sans trancher tout à fait. « …Bien sûr, je vais revenir, je ne sais ni quand, ni où. C’est ce que je cherche à présent. Ne t’y trompe pas, je suis près de toi. »

(…)

Infiniment lentement
Ces deux corps se séparent
Et en se séparant
Ces deux corps se déchirent
Et je vous jure qu'ils crient
Et puis ils se reprennent
Redeviennent un seul
Redeviennent le feu
Et puis se redéchirent
Se tiennent par les yeux
Et puis en reculant
Comme la mer se retire
Ils consomment l'adieu
Ils bavent quelques mots
Agitent une vague main
Et brusquement ils fuient
Fuient sans se retourner
Et puis il disparaît
Bouffé par l'escalier

La vie ne fait pas de cadeau!
Et nom de dieu !
C'est triste Orly le dimanche
Avec ou sans Bécaud…….

(…)


Cet hommage à « Monsieur 100000 Volts » résonnera éternellement dans les têtes. La mélodie, très étouffée et lancinante, renforce le caractère émotionnel de la chanson.

(…)

Et puis il disparaît
Bouffé par l'escalier
Et elle, elle reste là
Cœur en croix bouche ouverte
Sans un cri sans un mot
Elle connaît sa mort
Elle vient de la croiser
Voilà qu'elle se retourne
Et se retourne encore
Ses bras vont jusqu'a terre
Ça y est elle a mille ans !
La porte est refermée
La voilà sans lumière
Elle tourne sur elle-même
Et déjà elle sait
Qu'elle tournera toujours
Elle a perdu des hommes
Mais là elle perd l'amour
L'amour le lui a dit
Revoilà l'inutile
Elle vivra ses projets
Qui ne feront qu'attendre
La revoilà fragile
Avant que d'être à vendre

Je suis là je le suis
Je n'ose rien pour elle
Que la foule grignote
Comme un quelconque fruit…….

(…)


Le titre qui suit, très enlevé, à la manière des « F… », fait allusion aux rancoeurs et rancunes de Brel à l’endroit non seulement des femmes, mais aussi de Miche.

(…)

Madame promène son cul sur les remparts de Varsovie
Madame promène son cœur sur les ringards de sa folie
Madame promène son ombre sur les grand-places de l'Italie
Je trouve que Madame vit sa vie

Madame promène à l'aube les preuves de ses insomnies
Madame promène à cheval ses états d'âmes et ses lubies
Madame promène un con qu'assure que madame est jolie
Je trouve que Madame est servie

Tandis que moi tous les soirs,
Je suis vestiaire à l'Alcazar

(…)


Parmi tous les amis de Brel à Hiva-Oa, Marc Bastard est sans doute celui qu’il fréquente le plus souvent. Leurs conversations sont souvent interminables. Bastard visite la Polynésie pour la première fois en 1964, tandis que son frère cadet, le capitaine de vaisseau Pierre Bastard, commande la division des avisos escorteurs à Tahiti. Marc arrive à Hiva-Oa en 1970. Il enseigne l’anglais puis les mathématiques aux étudiants du secondaire. Il épouse une jeune polynésienne, qui lui donnera un fils : Paulo. Jacques l’apprécie beaucoup. Lors d’un voyage de Bastard en Europe, sa femme le quitte. Il reste donc seul, avec Paulo. Lui-même très affecté par la détresse de son ami, le Grand Jacques lui dédiera alors une de ses plus belles chansons.



(…)

Bien sûr il y a les guerres d'Irlande
Et les peuplades sans musique
Bien sûr tout ce manque de tendres
Et il n'y a plus d'Amérique
Bien sûr l'argent n'a pas d'odeur
Mais pas d'odeur vous monte au nez
Bien sûr on marche sur les fleurs
Mais…….
Mais voir un ami pleurer

Bien sûr il y a nos défaites
Et puis la mort qui est tout au bout
Le corps incline déjà la tête
Étonné d'être encore debout
Bien sûr les femmes infidèles
Et les oiseaux assassinés
Bien sûr nos cœurs perdent leurs ailes
Mais…….
Mais voir un ami pleurer

Bien sûr ces villes épuisées
Par ces enfants de cinquante ans
Notre impuissance à les aider
Et nos amours qui ont mal aux dents
Bien sûr le temps qui va trop vite
Ces métro remplis de noyés
La vérité qui nous évite
Mais…….
Mais voir un ami pleurer

Bien sûr nos miroirs sont intègres
Ni le courage d'être juifs
Ni l'élégance d'être nègres
On se croit mèche, on n'est que suif
Et tous ces hommes qui sont nos frères
Tellement qu'on n'est plus étonnés
Que par amour ils nous lacèrent
Mais…….
Mais voir un ami pleurer…….

(…)


De « Voir un ami pleurer », Brel souhaitera faire cadeau à Juliette Gréco, insistant pour qu’elle l’enregistre avant que lui-même ne le fasse. « Knokke-Le-Zoute Tango » montre qu’il n'a plus de limites dans ses textes. Il parle ouvertement de sexe, et de la prostitution à Amsterdam. Ses descriptions des femmes n'ont jamais été aussi précises.

(…)

Mais
Demain
Oui peut être que...
Peut être que demain je serai argentin...
Oui
Je m'offrirai des argentines
Quitte à cueillir dans les vitrines
Des jolis quartiers d'Amsterdam
Des lianes qui auraient ce teint de femme
Qu'exporte vos cités latines
Demain je les voudrai félines
Avec ce rien de brillantine
Collé au cheveu de la langue
Elles seront fraîches comme des mangues
Et compenseront leur maladresse
À coups de poitrine et de fesses

(…)


La théatrale « Knokke-Le-Zoute Tango » (le dernier couplet comporte une séquence uniquement dite, simulant un dialogue avec l’accordéon de Marcel Azzola) est suivie du célèbre hommage poignant à Georges Pasquier dit « Jojo ». Plus qu’un ami, il était aussi le confident de Jacques. Lorsque Georges Pasquier décède en 1974, Brel est profondément attristé. Il écrira alors la seule de ses chansons qui soit autobiographique à chaque ligne. François Rauber avait préparé des arrangements qui donnèrent naissance à une première version orchestrée. Puis Brel la réenregistra avec sa guitare pour seul accompagnement, rendant son interprétation encore plus émouvante. « Jojo » a pour moi ceci de particulier que c’est la chanson qui m’a réellement fait découvrir la musique, alors que n’avais que 4 ans. La première grosse claque. Plus tard, je la réécoutai régulièrement pour en comprendre tout le sens (ce dont je n’étais pas encore capable à l’époque), comme pour tous les titres de ce magnifique album.

Jacques Brel : « Je crois à l’amitié. Je crois à la chaleur des hommes, à l’espèce de fraternité qu’il y a entre les hommes. J’y crois, oui. »

(…)

Jojo,
Voici donc quelques rires
Quelques vins quelques blondes
J'ai plaisir à te dire
Que la nuit sera longue
A devenir demain
Jojo,
Moi je t'entends rugir
Quelques chansons marines
Où des Bretons devinent
Que Saint-Cast doit dormir
Tout au fond du brouillard

Six pieds sous terre Jojo, tu chantes encore
Six pieds sous terre, tu n'es pas mort

Jojo,
Ce soir comme chaque soir
Nous refaisons nos guerres
Tu reprends Saint-Nazaire
Je refais l'Olympia
Au fond du cimetière
Jojo,
Nous parlons en silence
D'une jeunesse vieille
Nous savons tous les deux
Que le monde sommeille
Par manque d'imprudence

Six pieds sous terre Jojo, tu espères encore
Six pieds sous terre, tu n'es pas mort

Jojo,
Tu me donnes en riant
Des nouvelles d'en bas
Je te dis mort aux cons
Bien plus cons que toi
Mais qui sont mieux portants
Jojo,
Tu sais le nom des fleurs
Tu vois que mes mains tremblent
Et je te sais qui pleure
Pour noyer de pudeur
Mes pauvres lieux communs

Six pieds sous terre Jojo, tu frères encore
Six pieds sous terre, tu n'es pas mort

Jojo,
Je te quitte au matin
Pour de vagues besognes
Parmi quelques ivrognes
Des amputés du cœur
Qui ont trop ouvert les mains
Jojo,
Je ne rentre plus nulle part
Je m'habille de nos rêves
Orphelin jusqu'aux lèvres
Mais heureux de savoir
Que je te viens déjà

Six pieds sous terre Jojo, tu n'es pas mort
Six pieds sous terre Jojo, je t'aime encore…….

(…)


Jacques Brel : « Voici une histoire que m’a racontée un africain : « Un jour, il y avait un lion. Devant le lion, il y avait un fleuve ; et de l’autre côté du fleuve, une lionne. La lionne appelait, depuis bientôt quinze jours, et le lion hésitait. Le fleuve était très large, très profond. Le lion nage mal, il le sait, il hésitait… Et puis après une lune, comme la lionne appelait toujours, le lion s’est jeté à l’eau et s’est noyé ! Et il savait bien qu’il allait se noyer ! »

(…)

Vas-y pas Gaston
Même si elle te signale
Qu'il y en a un autre en vue
Un qui est jeune, qui est beau
Qui danse comme un dieu
Qui a de la tenue
Un qui a de la crinière
Qui est très intelligent
Et qui va faire fortune
Un qui est généreux
Un qui que quand elle veut
Lui offrira la lune

Ça fait une heure et vingt minutes
Qu'au-delà du fleuve qui bouillonne
Appelle, appelle la lionne
Ça fait une heure et vingt minutes
Que dans le fleuve qui bouillonne
Un lion est mort pour une lionne…….

(…)




Après une conversation avec Marc Bastard au sujet de l’ile d’Hiva-Oa, Jacques Brel écrit « Les Marquises », véritable monument musical à la gloire de son dernier refuge, et de la vie simple et belle qu'il avait découvert là-bas.

(…)

Ils parlent de la mort
Comme tu parles d'un fruit
Ils regardent la mer
Comme tu regardes un puits
Les femmes sont lascives
Au soleil redouté
Et s'il n'y a pas d'hiver
Cela n'est pas l'été
La pluie est traversière
Elle bat de grain en grain
Quelques vieux chevaux blancs
Qui fredonnent Gauguin

Et par manque de brise
Le temps s'immobilise
Aux Marquises

Du soir montent des feux
Et des pointes de silence
Qui vont s'élargissant
Et la lune s'avance
Et la mer se déchire
Infiniment brisée
Par des rochers qui prirent
Des prénoms affolés
Et puis plus loin des chiens
Des chants de repentance
Et quelques pas de deux
Et quelques pas de danse

Et la nuit est soumise
Et l'alizé se brise
Aux Marquises

(…)


L’enregistrement ne nécessita qu’une seule prise, que Brel jugea parfaite. François Rauber avait alors, une fois de plus, illuminé de son talent ce qui furent les ultimes mots musicaux du Grand Jacques…….



(…)

Le rire est dans le cœur
Le mot dans le regard
Le cœur est voyageur
L'avenir est au hasard
Et passent des cocotiers
Qui écrivent des chants d'amour
Que les sœurs d'alentour
Ignorent d'ignorer
Les pirogues s'en vont
Les pirogues s'en viennent
Et mes souvenirs deviennent
Ce que les vieux en font

Veux tu que je dise,
Gémir n'est pas de mise.
Aux Marquises…….

(…)


Source: Olivier Todd / Jacques Brel: une vie.


Dernière édition par Sébastien le Ven Oct 26, 2007 4:49 pm; édité 5 fois
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Zug



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MessagePosté le: Mer Oct 24, 2007 11:12 am    Sujet du message: Répondre en citant

Source: Olivier Todd / Jacques Brel: une vie.
C'est marrant je l'ai lu cet été avec beaucoup de plaisir ce bouquin....
Incroyable personnage que ce Jacques Brel ...Un monument de courage ...
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Sébastien



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MessagePosté le: Mer Oct 24, 2007 1:50 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Le voici ! Smile

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maxime



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MessagePosté le: Mer Oct 24, 2007 1:59 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Un bouquin que je ne laisse jamais loin de moi... merci Seb pour cette piqure de rappel. Le grand Jacques... et quelle vie !
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Zug



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MessagePosté le: Mer Oct 24, 2007 6:33 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Ce qui est intéressant dans cete biographie, c'est de constater que Le Jacques Brel, Poête, est parfois à des années lumiére de l'Homme Brel au quotidien...Hyper actif, aventurier, Père de famille conformiste etc...
Alors que ses chansons donnent l'impression qu'on a souvent à faire à un écorché vif, sensible, complexé, souffreteux....
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SuzyQ



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MessagePosté le: Mer Oct 24, 2007 6:41 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Même si Brel reste parfait en Français et difficilement égalable, interessant album de cover de Brel en Anglais par Scott Walker, il y a qq années...




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Sébastien



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MessagePosté le: Jeu Oct 25, 2007 9:21 am    Sujet du message: Répondre en citant

Sébastien a écrit:
« Orly », c’est une rupture magnifiquement écrite. On pense alors à la lettre que Jacques a écrite à « Marianne ».


Histoire de replacer une icone de Brel que j'avais photographiée à Mons, voici une petite anecdote à propos d'une autre femme importante dans la vie de Brel: « Sophie ». Tout comme « Marianne », elle avait souhaité rester anonyme dans le livre d'Olivier todd. Brel et elle se sont connus au début des années 60. Elle héritera d'un charmant surnom dans une très jolie chanson que le Grand Jacques écrira en 1963, publiée l'année suivante sur l'album « Les Bonbons ». Cool

(...)

Nous étions deux amis et Fanette m'aimait
La plage était déserte et dormait sous juillet
Si elles s'en souviennent les vagues vous diront
Combien pour la Fanette j'ai chanté de chansons

Faut dire
Faut dire qu'elle était belle
Comme une perle d'eau
Faut dire qu'elle était belle
Et je ne suis pas beau
Faut dire
Faut dire qu'elle était brune
Tant la dune était blonde
Et tenant l'autre et l'une
Moi je tenais le monde
Faut dire
Faut dire que j'étais fou
De croire à tout cela
Je le croyais à nous
Je la croyais à moi
Faut dire
Qu'on ne nous apprend pas
A se méfier de tout

Nous étions deux amis et Fanette m'aimait
La plage était déserte et mentait sous juillet
Si elles s'en souviennent les vagues vous diront
Comment pour la Fanette s'arrêta la chanson

Faut dire
Faut dire qu'en sortant
D'une vague mourante
Je les vis s'en allant
Comme amant et amante
Faut dire
Faut dire qu'ils ont ri
Quand ils m'ont vu pleurer
Faut dire qu'ils ont chanté
Quand je les ai maudits
Faut dire
Que c'est bien ce jour-là
Qu'ils ont nagé si loin
Qu'ils ont nagé si bien
Qu'on ne les revit pas
Faut dire
Qu'on ne nous apprend pas...
Mais parlons d'autre chose

Nous étions deux amis et Fanette l'aimait
La plage est déserte et pleure sous juillet
Et le soir quelquefois
Quand les vagues s'arrêtent
J'entends comme une voix
J'entends... c'est la Fanette.......

(...)




Dernière édition par Sébastien le Jeu Oct 25, 2007 10:58 am; édité 1 fois
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Sébastien



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MessagePosté le: Jeu Oct 25, 2007 10:39 am    Sujet du message: Répondre en citant

Un autre grand auteur que je vous conseille également: Pierre Berruer, qui a publié deux livres magnifiques sur Brel et Brassens:



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Sébastien



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MessagePosté le: Mar Nov 13, 2007 4:54 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Pour en savoir plus sur le Grand Jacques, c'est par ici: http://www.jacquesbrel.be/ Smile
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Sébastien



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MessagePosté le: Sam Déc 15, 2007 10:58 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Une vidéo absolument magnifique: "Ces Gens-Là"

C'est plus qu'une interprétation, c'est du grand théatre. Au premier abord on rit en écoutant et en voyant les caricatures que Brel fait de ces bourgeois qu'il a tant décrié. Puis, lorsqu'il introduit cette histoire d'amour qui romance la chanson, notre expression change, on a du mal à ne pas verser une larme sur la fin, tellement d'émotion est dégagée.

Ces presque six minutes vous feront sûrement comprendre pourquoi cette chanson est une des, si ce n'est ma préférée du Grand Jacques. Smile

Ca se passe ici !

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JB



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MessagePosté le: Lun Déc 17, 2007 5:22 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Tiens, en voyant quelques uns de ces formidables galas en noir blanc contrasté, je me suis aperçu que Brel ne s'adresse jamais au public entre les chansons.
Montage TV ou conforme à la réalité ?
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Bungalow bill



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MessagePosté le: Lun Déc 17, 2007 11:35 pm    Sujet du message: Répondre en citant

JB a écrit:
Tiens, en voyant quelques uns de ces formidables galas en noir blanc contrasté, je me suis aperçu que Brel ne s'adresse jamais au public entre les chansons.
Montage TV ou conforme à la réalité ?

Je crois en effet que ce n'était pas le genre de la maison..d'ailleurs, ça ne se faisait pas trop à cette époque...
Brassens ne le faisait pas non plus à ce que je sache...
de plus, Brel rentrait en véritable transe sur scéne, il incarnait de multiples personnages, ceux qui étaient évoqués dans ses chansons..Souvent de pauvres garçons trahis par les "méchantes" femmes....(En réalité Brel était dans la vie, un véritable Don Juan..mais aussi un Don Quichotte.. Wink ).C'était aussi du théâtre , ses récitals...Brel était un excellent acteur...En s'adressant au public, j'imagine qu'il aurait brisé un certaine dynamique..
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Sébastien



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MessagePosté le: Mer Déc 19, 2007 2:46 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Bungalow bill a écrit:
JB a écrit:
Tiens, en voyant quelques uns de ces formidables galas en noir blanc contrasté, je me suis aperçu que Brel ne s'adresse jamais au public entre les chansons.
Montage TV ou conforme à la réalité ?

Je crois en effet que ce n'était pas le genre de la maison..d'ailleurs, ça ne se faisait pas trop à cette époque...
Brassens ne le faisait pas non plus à ce que je sache...


Il faut aussi souligner que Brassens été d'une certaine timidité et avait un trac maladif lorsqu'il montait sur scène. Il s'accrochait à sa guitare pour tenter de le maîtriser. Cela avait commencé dès son audition chez Patachou. Cool
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Claude Nine



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MessagePosté le: Ven Fév 08, 2008 3:13 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Bungalow bill a écrit:
Brassens ne le faisait pas non plus à ce que je sache...


Si.

Il le faisait.

Il y a un 33T 25cm sorti il y a quelques années seulement (enregistrement public à la Villa d'Este) où il ya un savoureux dialogue avec le public qui l'incite à interpréter un titre dont il dit avoir oublié en partie les paroles.

Finalement il se lance quand même.

Pour Brel, il faut que je cherche un peu dans mes archives sonores ...
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Claude

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Claude Nine



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MessagePosté le: Ven Fév 08, 2008 3:16 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci à Sébastien pour ce splendide topic.

Cela tombe bien pour moi de me remettre tout ça en tête d'ailleurs car je dois préparer un programme de 4 heures de musique consacrée aux grands de la chanson française pour animer une soirée à thème dans un petit "lieu de perdition" en mars prochain.
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