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Au cours de leur carrière, et du fait des moyens réduits dont ils disposaient en live, les Beatles ont donné le meilleur d'eux même principalement en studio. Ils en ont profité pour révolutionner les techniques de l'époque et marquer au fer rouge des générations de musiciens grâce à leurs innovations. |
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Révolution en studio
Mais les équipes d'Abbey Road se rendirent vite
compte qu'elles pouvaient aller encore beaucoup plus
loin, encouragées qu'elles étaient par les exigeances
toujours plus complexes des Fab Four.
Ainsi, la grande innovation que permirent les
magnétophones 4-pistes fut d'artificiellement
augmenter le nombre de pistes utilisables en faisant
des espèces de "transferts" d'un magnétophone à
l'autre.
Explications.
Une fois que les 4 pistes d'une bande avaient été
remplies, on copiait cette bande sur un second
magnétophone en "amalgamant" les 4 pistes de la
première bande sur la première piste de la seconde.
Ainsi, on se retrouvait avec une seconde bande neuve
dont trois pistes restaient vierges pour de nouveaux
sons et dont la piste 1 était le mélange des 4 pistes
remplies de la première bande. On répétait l'opération
jusqu'à ce que l'on considère l'arrangement terminé.
Mais evidemment, il fallait rester prudent et
parcimonieux, parce qu'à chaque "transfert" on perdait
une génération de qualité d'enregistrement...
Mais sans cette technique, des enregistrements aussi
"touffus" et compliqués que I Am The Walrus ou
Strawberry Fields Forever n'auraient pas sonné aussi
"propres" et le son des différentes couches de son
n'aurait pas été aussi net.
C'est ce que l'on appelle le "bouncing", ou le
"ping-pong"; le personnel technique d'Abbey Road
appelait cela des "reduction mixdowns".
Par exemple, pour la chanson Hello, goodbye en 1967,
le procédé fut répété 4 fois, le maximum que l'on
pouvait s'autoriser sans qu'il y ait trop de
dégradation dans le son.
Voilà comment Geoff Emerick a compartimenté les sons
sur la bande 4-piste finale et comment il a placé les
pistes dans l'image stéréo (vous pouvez le vérifier
avec un casque) :
 PISTE 1 : batterie (Ringo)/piano (Paul)/Maracas
(George)/Orgue (John). Ce furent les premières sources
enregistrées sur les 4 pistes de la première bande et
qui furent "amalgamées" sur une seule piste. C'est ce
que l'on appelle la "basic track", colonne vertébrale
de tout le reste. La piste est placée totalement à
gauche dans le mixage stéréophonique.
 PISTE 2 : Basse (Paul). Seule donc. Elle est placée
pile au milieu de l'image stéréo.
 PISTE 3 : Voix de Paul multipliée par deux,
c'est-à-dire Paul qui chante avec lui-même (magie des
overdubs donc). Placée au milieu.
 PISTE 4 : Violons/riffs de guitare électrique(George
et Paul)/Choeurs (John, Paul et George). Piste placée
totalement à droite dans la stéréo.
Ce sont les Beatles qui les premiers utilisèrent deux
magnétophones 4-pistes en synchronisme. La chose
n'avait jamais été tentée avant parce qu'on pensait
que ce n'était pas possible. Lors des séances pour A
Day In The Life en 1967, c'est comme cela qu'on
enregistra l'orchestre phénomenal qui fait cette
montée apocalyptique. L'orchestre fut enregistré sur
les 4 pistes vierges d'une bande pendant que
l'accompagnement et les voix des Beatles tournaient
sur la bande 4-pistes préalablement enregistrée d'un
second magnétophone.
Les deux machines étaient synchronisées par une
fréquence émise de la première vers la seconde, et le
système marchait une fois sur deux, ce qui explique le
léger désynchronisme entre l'instrumentation des
Beatles et celle de l'orchestre au moment où celui-ci
paraît.
L'année 1967 est sans doute l'année de toutes les
surrenchères en matière de trucages sonores. On peut
parler du Vari-speed, qui n'est pas une substance
illicite, mais simplement le bouton du magnétophone
qui pouvait faire varier la vitesse de défilement de
la bande. Ainsi, si on enregistrait une voix en
faisant tourner le magnéto plus lentement que la
normale, la voix s'en trouvait réhaussée et le timbre
devenait plus aigu, plus juvénile aussi. Personne n'y
avait pensé avant! C'est exactement ce que l'on fit
pour la voix de John sur Lucy In The Sky With
Diamonds.
C'est en 1968 que les studios d'Abbey Road se mirent
aux 8 pistes. A peu près 3 ans après les studios
américains !
Voilà encore un détail qui paraît incroyable avec le
recul : les Beatles se servaient à l'époque d'un
équipement qui était très, très loin d'être le
meilleur sur le marché; en partie à cause de la
politique "frileuse" et plutôt pingre de EMI Records
Ltd. Il est donc d'autant plus stupéfiant aujourd'hui
de constater que les productions qu'ils élaboraient
alors sonnent aussi "pointues", aussi claires, surtout
si on les compare à celles que les Rolling Stones (au
hasard) supervisaient aux USA au même moment !
Une petite partie du Double Album blanc fut donc
enregistrée sur 8 pistes (nommément Helter skelter,
Dear Prudence, Honey Pie, I'm so tired).
Mais c'est justement à ce moment-là de leur carrière
que les Beatles décidèrent de revenir vers quelque
chose de plus simple et de moins sophistiqué au niveau
des arrangements... Ironie des choses...
En tout cas, les années 1966 et 1967 avaient à jamais
marqué l'Histoire de l'Enregistrement du Son, et leurs
effets allaient durablement se faire sentir dans toute
l'Industrie du Disque et changer à jamais la façon
même d'envisager le travail en studio.
Meek - Octobre 2001
© LucyInTheWeb
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